Pourquoi ? Pourquoi moi ? J'étais pourtant sage, bonnes notes, bon comportement. Une petite fille modèle. Mais c'est moi que le destin a puni. Alors que les autres désobéissent à leurs parents, sortent en cachette, mentent, boivent, fument...moi je suis là. Je ne sais même pas vraiment pourquoi. On me regarde avec pitié, parfois même avec méfiance. Pourtant j'aimerais leur dire que je suis humaine, mais ils ne semblent pas le comprendre...
Vendredi 6 Mars, 14h56.
Centre Hosptialier des Provences.
Joanna regarde les Cartoons sur la télévision de la chambre. Oui, on m'a installé avec une petite de dix ans...Faute de place dans l'hôpital paraît-il. Elle suit une chimio pour sa leucémie.
- Tu veux changer de chaîne, Tiffany ? demande-t-elle.
- Non merci, te dérange pas pour moi, je vais sortir un peu dans le parc...
Je pousse la porte de la chambre. Elle est de plus en plus lourde. En fait, il parait que ce sont les médicaments qui m'affaiblissent de jour en jour.
La lumière du jour m'éblouit en sortant. Il fait beau aujourd'hui, on pourrait se croire en juin...peut-être ne vivrai-je pas jusque là...
- Tiffany ? Qu'est ce que tu fais là ?
L'infirmière...je l'aime bien mais elle me materne trop.
- Bah...je prends le soleil, il fait bon...
- Tu sais que c'est déconseillé, tu devrais te reposer un peu.
- A quoi bon ?
L'infirmière soupire et rentre dans le Centre. Ils se fichent pas mal que je m'épuise. De toute façon, leur foutue greffe n'arrivera jamais, et puis je ne sais même pas si j'ai envie de la recevoir. Elle me rendra tout aussi malade. Je n'en peux plus de cette vie, je veux mourir.
- Tiffany !
- QUOi ENCORE ?
- Ah, je te dérange, bon désolé.
- Quoi ? Euh, non, désolée Romain.
C'est le grand frère de Joanna, il a mon âge et il est plutôt pas mal...
- Je voulais juste savoir où était ma soeur.
- Elle est pas dans la chambre ?
- Non.
- Bon, elle doit être en Salle Vidéo, au deuxième étage.
- Ok, merci.
Il s'éloigne. Soudain, j'ai envie de partir, juste cinq minutes. Me sentir en dehors de cet univers blanc à l'odeur de Spray Antisceptique. Je peux plus supporter ces murs. Alors, juste pour un instant je me prend à rêver d'escalader ce muret, descendre dans la rue et voir du monde, un bol d'air frais me ferait plus de bien que toutes les greffes du monde. C'est eux qui vont me tuer, pas la tumeur.
Je me rend pas compte de ce que je fais. Je suis comme inconsciente. Pourtant je pourrai m'arrêter, mais je n'en ai plus l'envie, ni la force. Je monte sur la première pierre, puis la deuxième. Déjà essouflée. Mon instant d'euphorie s'envole. J'en ai marre de ce handicap...Soudain je me rattrape au bord du muret. Je n'arrive plus à respirer ! Pourtan j'essaie. Je suffoque et je ne vois plus rien, juste le temps d'apercevoir l'infirmière arriver en courant. Je bascule dans le noir.